Cette semaine, dans la rubrique Avis d’expert, LMK Training s’intéresse au pilotage des coûts grâce à la méthode ABC (Activity Based Costing).

A ce titre j’ai le plaisir d’accueillir sur ce Blog Karim Faidi*, Directeur Associé au sein du cabinet de conseil Cost House, cabinet specialisé en performance économique. J’ai demandé à Karim de nous éclairer sur cette méthode et ses bénéfices.

1. Qu’est ce que la méthode ABC?

La productivité et l’optimisation des coûts sont intégrées depuis longtemps au sein des entreprises du secteur industriel.

Les méthodes d’optimisation sans cesse améliorées ont porté leurs fruits, au moins sur la part des coûts directs. En parallèle la multiplication des lieux de production et de ventes, la complexification des échanges internationaux et le besoin impérieux de toujours développer de nouveaux produits ont eu un effet inverse sur les coûts indirects de production, de support et de gestion. Ainsi la part des coûts indirects (indirects de production, effort commercial, achats, qualité, R&D, direction générale, …) représente de 15% à 25% (voire 30% dans certains cas) du coût complet d’un produit industriel, ce qui est considérable dans des marchés où les marges se limitent à quelques points. Pourtant, peu d’entreprises disposent d’une vision claire de leurs coûts indirects.

La méthode ABC propose d’affecter les coûts sur les produits au travers d’un niveau intermédiaire d’allocation : les activités. Les activités représentent les opérations quotidiennes des acteurs de l’entreprise, indépendamment de son organisation. Ces activités décrivent aussi bien la production de l’entreprise, propre à chaque secteur (assembler un produit sur une ligne automatique, filtrer les matières premières, usiner une pièce sur un tour numérique, …) que les fonctions connexes plus communes (marketer un produit ou service, gérer l’entreprise, acheter des matières ou des composants, vendre, développer de nouveaux produits, …).

 

Il s’agit dans un premier temps d’affecter les différents coûts de fonctionnement (les ressources, telles que les salaires, les investissements, les prestations, …) à ces activités. Il faut ensuite définir comment les produits et services consomment ces activités en se basant sur des mesures opérationnelles sur le terrain représentatives de chaque activité : les inducteurs (par exemple des heures d’OF pour les lignes de production, nombre de composants ou poids de matière première d’un  produit pour l’activité acheter, …).

Il existe de nombreux ouvrages et articles consacrés à la méthode ABC, mais comprendre la méthodologie ne suffit pas pour en maîtriser l’application. La mise en place effective peut s’avérer beaucoup plus délicate qu’il n’y paraît, en particulier lorsqu’il s’agit de gérer une contrainte forte de l’environnement industriel : les stocks d’achats et d’en-cours. Il est aussi important de définir une bonne granularité d’activités afin de disposer d’indicateurs de performance pertinents et efficaces et d’identifier rapidement les axes de progrès. Des retours d’expériences opérationnelles ont permis de définir un référentiel métier facilement adaptable et rapide à mettre en place dans tous les domaines industriels :

L’utilisation combinée de la méthode ABC et de ce référentiel métier permet de garantir une implémentation rapide et efficace d’un modèle de coûts complets, en s’appuyant sur une démarche en 6 étapes :

  1. Définition du catalogue des produits et services à valoriser de l’entreprise, en prenant soin de choisir le bon niveau de granularité (suffisamment fin pour obtenir une vision homogène des coûts d’une ligne de produits ou services donnée, suffisamment agrégé pour une analyse simple et rapide),
  2. Construction de la liste d’activités en s’appuyant sur le référentiel métier et en l’adaptant aux spécificités de l’entreprise,
  3. Collecte et analyse des données disponibles, le modèle devant s’adapter aux outils de mesure et de suivi présents dans l’entreprise,
  4. Choix des inducteurs (unités d’œuvre terrain) adaptés pour mesurer la consommation des activités par les produits ou services,
  5. Valorisation des activités et des produits ou services à l’aide d’un outil adapté,
  6. Ajustement et validation du modèle avec les opérationnels et les dirigeants.

2. Quels sont les bénéfices de cette méthode de pilotage ?

Une approche de type Activity Based Costing (ABC) permet d’éclairer les dirigeants d’entreprises sur la constitution des coûts et d’identifier les pistes pour améliorer fortement la performance globale de l’entreprise ; elle apporte en effet:

  • Une vision réelle de la marge par ligne de produits (en moyenne, la marge calculée par les méthodes usuelles est fortement erronée pour plus d’1 produit sur 4),
  • La possibilité de se benchmarker et d’optimiser les coûts indirects,
  • La mesure des coûts complets par ligne de production (ex. ligne automatisée vs ligne manuelle, …), les coûts indirects de production (maintenance, énergie, bâtiments, consommables, …) dépassant souvent le coût direct d’amortissement d’une machine.

Le cadre méthodologique de l’Activity Based Costing et l’existence d’un référentiel métier éprouvé permettent de donner rapidement (3 à 6 mois), et pour un coût de mise en œuvre adapté aux enjeux, une vision beaucoup plus fiable des coûts complets. Cette vision éclairante permet d’identifier des actions d’amélioration de la compétitivité sur divers axes :

  • Modification de la politique commerciale (positionnement prix, adaptation de l’organisation commerciale),
  • Modification de la roadmap produits (investissements R&D),
  • Réaffectation des investissements industriels,
  • Refonte de l’organisation achats/logistique,
  • Arbitrages make or buy : abandon de sous-traitance, ré-intégration d’activités.

3. Quels sont les départements concernés par l’implémentation de la méthode ABC ?

On peut mécaniquement imaginer la construction d’un modèle économique, voir son déploiement, réalisés par une équipe de Direction financière ou de contrôle de gestion seule. Une telle approche serait même certainement beaucoup plus rapide ! Mais le résultat serait en complet décalage avec les objectifs que l’on peut assigner à un projet de référentiel économique. En effet, comment s’assurer de la réalité opérationnelle des activités du modèle sans le travail avec les équipes opérationnelles ? Comment construire un catalogue de service sans les clients ? Comment garantir la bonne exploitation des ressources sans les achats ni les ressources humaines ? Qui serait preneur d’un modèle construit « en chambre » ?

Il faut donc un portage pluridisciplinaire du projet, ou le contrôle de gestion joue certes un rôle pivot, mais intégrant fortement des équipes opérationnelles.

*À Propos de Karim Faidi

Karim Faidi est le Directeur Associé du Cabinet Cost House sur la zone Middle East Africa (www.cost-house.com). Cost House est un cabinet d’experts spécialisé en Performance Economique, présent en Europe (depuis Paris et Lyon), en Amérique Latine (depuis Porto Alegre) et en MEA (depuis Casablanca).
Ancien auditeur, rigoureux, vif et entreprenant, Karim capitalise sur ses compétences opérationnelles acquises dans le secteur financier (banque et assurance) en Europe pour mener avec succès ses missions.
Ses compétences clés tournent autour des modèles économiques (Activity Based Costing), de la performance financière du SI, de la performance achats, de la performance des organisations et des démarches Design to Cost (conception produit à coût objectif), Invest to Cost (Réduction des coûts d’investissement) et analyse de la valeur.
Vous pouvez le joindre à kfaidi@cost-house.com ou au +212 6 15 51 37 41. Vous pouvez par ailleurs joindre Cost House Europe à contact@cost-house.com.

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